Réflexion #6 : les (bien)faits de la désensibilisation

Bonjour à tous, je suis ravie de vous retrouver aujourd’hui pour un nouvel article, une Réflexion ! J’avais envie depuis quelques temps de te parler de la désensibilisation. Ce mot presque barbare pour justifier « l’apprentissage » de nos chevaux. Et si, finalement, cette méthode n’était pas aussi dénuée de sens que ce nous espérons ? Sujet surement un peu délicat mais qui m’interroge depuis quelques semaines.

La conviction de bien faire

Quelle personne novice en équitation n’a pas entendu cette fameuse phrase : « il faut qu’il s’habitue » ou « c’est bon, tu peux y aller, il est habitué » ? Alors oui, les poneys et chevaux de club, où nous avons tous débuté, sont « habitués » mais justement, le vrai fondement de ma réflexion se trouve là : est-ce une bonne chose, qu’ils soient habitué ? Certains répondront, qu’évidemment, il faut que les chevaux que nous montons ou côtoyons soient « habitués ». Mais à quoi ? À être bousculé ? Rapidement harnaché puis trainé dans un manège ? Je ne suis pas là pour jeter la pierre aux clubs ou centres équestres, loin de là. Je sais bien que c’est toujours mieux que la boucherie ou autre destin funeste mais parfois, j’aimerais davantage de considération pour ces montures. Mais ceci est un autre sujet.

L’apprentissage chez le cheval est plus complexe que le notre. Ils sont dotés d’une intelligence émotionnelle, ce qui veut dire qu’ils agissent en fonction d’une réponse provoquée chez eux ou en face d’eux. Ils vont donc naturellement reproduire des comportements qui leur apportent de la nourriture ou de l’apaisement et ne pas reproduire les comportements où ils reçoivent des coups de leurs congénères ou des humains. C’est de cette façon d’apprendre que l’Homme a développé ce concept de « désensibilisation ». L’origine de ce mot ne veut pas dire « habituer à quelque chose ou quelqu’un » mais bien « enlever toute trace de sensibilité ». C’est là encore, un abus de langage. J’espère bien que tu n’enlèves pas toute la sensibilité dont fait preuve ta monture !

Lors du débourrage d’un cheval, on l’habitue, le désensibilise, lui demande de rester immobile ou encore répondre à nos demandes. Comme ce sont généralement des « bébés », ils obtempèrent et c’est ainsi que les débourrages sont faits. Évidemment, il y a différentes façons de débourrer un cheval : rapide, longue, à ses trois ans, à ses cinq ans,… Nous ne sommes pas là pour parler de ce choix mais bien de la manière. La « désensibilisation » permet à l’Homme de monter sur leur dos, de leur imposer des fers ou encore de leur mettre un mors dans la bouche. Attention, je ne suis pas une « anti » tout, je parle simplement des extrêmes. Et l’Homme se complait à « habituer » les chevaux à supporter tout cela pour son propre plaisir. Là encore, je ne cherche pas à dire que tous les Hommes sont cruels mais j’essaye simplement d’éveiller ta réflexion. Et je ne dis pas non plus, que j’ai la science infuse et que ma méthode est la meilleure, loin de là. Ce sont simplement des brides de réflexion qui naissent dans ma tête au contact de Loulou et qui me font me questionner sur tout cela 🙂

Article 43.2

Chaque cavalier•ère ou homme/femme de cheval pense bien faire en « habituant » sa monture à être brossée, sellée, harnachée, montée, baladée,… et c’est le cas ! Mais je pense qu’il faut également faire preuve d’empathie et voir si tout cela convient aussi à ta monture. Est-ce que tout ce que tu lui demandes est bon pour lui ? Est-ce qu’il ne montre pas des signes de nervosité ou de stress ? Sens-tu une différence lorsque tu es dans le pré, seul•e avec lui ? Sais-tu identifier les choses ou objets qui lui pose problème ? Une relation de confiance ne peut se construire que sur les obstacles et les difficultés que vous allez rencontrer et surmonter ensemble.

L’excès de désensibilisation

Le risque, à trop « désensibiliser » un cheval, c’est bien d’arriver au point de non retour : une perte totale de sensibilité. Tu connais ces chevaux « insensibles » aux jambes ? Et bien c’est l’exemple parfait. À force de trop utiliser les jambes en aide naturelle, les chevaux s’habituent et deviennent complètement insensibles aux demandes. Paradoxalement, c’est une parfaite « désensibilisation » ! Mais ce n’est pas ce que l’on recherche. En habituant les chevaux à nos outils ou méthodes, nous voulons qu’ils refoulent leur véritable nature de proie. Nous voulons leur faire comprendre qu’ils ne risquent rien avec nous. Que la bonne solution, c’est toujours de se rapprocher de l’Homme. C’est quelque part un peu de manipulation tout ça ! Mais il faut croire que ça marche…

Article 43.1

Les horsemen•women expliquent parfaitement que le but est d’arriver à la légèreté. Une pression ou un regard suffisent et c’est à ce moment-là que l’entente est parfaite. Rendre un cheval trop habitué à des outils n’est pas une bonne chose, dans le sens où le jour où il décide de remettre en cause l’équilibre, il faut pouvoir « reprendre » le dessus – même si je n’aime pas cette façon de parler. Par exemple, la méthode Parelli exprime parfaitement cette échelle en parlant de phase. Il faut chercher à toujours rentrer dans quatre phases, que le cheval comprenne jusqu’à quel moment il peut aller. Et il en est de même pour l’Homme en face. La phase une est la demande la plus légère possible et la phase quatre est l’extrême. Évidemment, le but n’est pas d’utiliser toujours la phase quatre mais parfois c’est nécessaire, surtout pour les chevaux qui ont tendance à « tester » ou à « jouer ». Le but, comme toujours, c’est de trouver le bon équilibre 🙂

Vouloir trop contraindre les chevaux, c’est leur enlever l’essence même de ce qu’ils sont. Il faut, comme d’habitude – mais je crois qu’on ne le répète jamais assez – trouver le bon équilibre, à base d’écoute, d’observation et d’attention. Même si les chevaux sont domestiqués depuis bien longtemps, ils restent des animaux avec un instinct de fuite élevé (sauf les Islandais, tu sais pourquoi ?). Prendre le temps n’est jamais une perte de temps, au contraire, il vaut mieux passer un peu plus longtemps sur un exercice ou le découper pour que ta monture le comprenne vraiment et que vous puissiez avancer ensemble 🙂

Signa2

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2 réflexions sur “Réflexion #6 : les (bien)faits de la désensibilisation

  1. Une très belle réflexion. J’espère que la lecture de cet article entraînera une petite remise en question collective 😋
    Personnellement, je n’aime pas la « désensibilisation ». Ça ressemble à une thérapie comportementale, le truc qui fait de toi un parfait mouton de cette société. Et c’est comme refermer une plaie sans l’avoir désinfecté.
    De mes observations, je retiens que le cheval, si tu lui fiche la paix et que tu te contentes de l’accompagner dans ses apprentissages, il sait beaucoup plus que l’homme.
    J’en suis à mon deuxième cheval et ils ont encore beaucoup à m’apprendre. Moi, je suis là comme support pour répondre aux questions qu’ils se posent sur le phénomène humain 😋

    Aimé par 1 personne

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